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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/65

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et la mienne d’être libre. J’eus encore hier une conversation avec lui dans son cabinet ; dans celle-là il ne fut question de rien que de vers et de littérature ; il me lut plusieurs pièces de sa façon, où il y a en vérité beaucoup de très bons vers et d’autant plus surprenants que ces pièces ont été faites dans le temps de ses plus grands malheurs et des plus violentes crises qu’il ait éprouvées[1]. J’avais été l’après-midi voir la Reine, qui m’a très bien reçu, et j’ai fort à me louer aussi de toute sa cour.

« Ce matin j’ai vu manœuvrer le régiment des gardes à cheval ; cela est admirable malgré la poussière qu’il faut avaler, et je ne m’étonne pas que cette cavalerie soit si redoutable par la vigueur et la rapidité avec laquelle elle exécute ses mouvements. »

« À Potsdam, le 20 juillet 1763.

« Milord Maréchal est parti et prit hier congé du Roi les larmes aux yeux. Le Roi l’a embrassé avec toute l’amitié possible ; il perd en lui un bien galant homme, bien vraiment philosophe et de très bonne compagnie, surtout dans un pays où la compagnie n’est ni bonne ni mauvaise, car il n’y en a point.

  1. Même dans les moments les plus critiques de la guerre de Sept Ans, même aux époques où sa situation paraissait désespérée, Frédéric passait plusieurs heures par jour à lire les auteurs français et à composer des vers. Les Mémoires de de Catt donnent à ce sujet de très curieux détails.