Ouvrir le menu principal

Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/62

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


me renfermer dans ma coquille, content d’avoir vu le héros de ce siècle et d’avoir reçu de sa part quelques marques d’estime et de bonté ; j’en reçois si peu d’ailleurs !

« Vous seriez bien étonnée de l’entendre parler de nos auteurs et de nos pièces de théâtre, comme s’il avait passé toute sa vie à les lire ; je ne puis plus citer aucun endroit remarquable, surtout dans nos poètes, qu’il ne connaisse aussi bien que moi, qui n’ai guère eu d’autre chose à faire ; et ce qu’il y a de mieux encore, c’est qu’il en juge très bien et qu’il a le goût très sûr et très juste.

« Nous sommes ici dans un château très grand, dont le jardin est très beau et dont les appartements étaient magnifiquement meublés avant que les Russes y eussent tout brisé et tout arraché. À présent il n’y reste que les quatre murailles et je suis couché dans une chambre où il n’y a que trois chaises, une table et un lit sans rideaux ; les cousins m’y dévorent et m’importunent encore plus par leur bourdonnement que par leurs piqûres.

« Joignez à cela l’inquiétude où j’ai été depuis quinze

    1786). Lié avec tout le parti philosophique, il entra à l’Académie française en 1760. Il a écrit, entre autres ouvrages, un poème sur l’art de peindre avec des gravures exécutées par lui-même : « Si le poème m’appartenait, disait Diderot, je couperais toutes les vignettes, je les mettrais sous des glaces et je jetterais le reste au feu. »