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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/59

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tourné en ridicule dans une parodie de la fameuse scène de Cinna. La satire fut attribuée à Marmontel[1], qui, sans autre forme de procès, fut jeté à la Bastille. Il perdit le privilège du Mercure, c’est-à-dire 18 000 livres de rente, et sa candidature à l’Académie échoua ; mais, rendu à la liberté, il publia sa Poétique Française : « c’est un pétard, dit-on, mis par l’auteur sous la porte de l’Académie pour la faire sauter, si on la lui ferme. » Le 22 décembre 1763, en effet, la savante compagnie l’accueillait dans son sein.

Jusqu’alors Frédéric n’avait abordé qu’à mots couverts avec son hôte la question de l’Académie et de sa Présidence : un jour, après une promenade avec le philosophe, il se décida à lui en parler ouvertement :

« Charlottenbourg, 16 juillet 1763.

« Il y a quelques jours que le Roi, après s’être promené avec moi dans sa galerie et avoir vu ses tableaux, me fit entrer dans sa bibliothèque et après m’avoir parlé de mes Éléments de philosophie, dont il est très

  1. Elle était, paraît-il, de M. de Cury, intendant des menus, qu’on venait de remercier et qui cherchait à se venger du duc d’Aumont.