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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/55

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« 2 juillet 1763.

« J’aurais pu vous écrire de Brunswick pendant mon séjour, mais deux raisons m’en ont empêché : la première, c’est que nous étions à la campagne à plus d’une lieue de la ville, la seconde, c’est que le Roi, qui comptait n’y être qu’un jour, y en est resté trois par complaisance pour Mme la duchesse de Brunswick, sa sœur, et que, comptant partir d’un jour à un autre et même du matin au soir, nous ne sommes arrivés que le 21 au lieu du 18 ou du 19. J’ai toujours oublié de vous dire qu’à la cour de Brunswick on s’est obstiné à m’appeler le marquis d’Alembert, quoique je leur aie bien assuré que je n’avais pas l’honneur d’être marquis. On prétend que c’est l’usage dans les petites cours d’Allemagne de donner à tous les gens qu’on veut recevoir avec distinction, le titre de marquis, de comte ou de baron ; tout cela ne fait ni bien ni mal ; peut-être aussi fallait-il me supposer un titre pour être admis, comme je l’ai été moi seul d’étranger, à la table de la famille ducale, quoiqu’il ne m’en faille aucun, Dieu merci, pour être admis à celle du Roi. »

Frédéric, nous le savons, cherchait à retenir définitivement d’Alembert à Berlin. Le séjour prolongé du philosophe offrait une occasion toute naturelle de renouveler des tentatives restées jusqu’alors infructueuses ; le roi n’y manqua pas,