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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/53

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« Ce 2 juillet 1763, jour de la poste.

« Nous ne partons point encore aujourd’hui pour Berlin. On dit même que nous n’y allons que lundi ou mardi, ainsi j’ai le temps de vous dire encore un mot…

« Hier, je fus me promener avec mon fidèle Milord sur une hauteur près de la ville de Potsdam, d’où j’ai eu la plus belle vue du monde, une campagne très riante et très ornée, occupée par une grande rivière, qui fait mille détours et qui est très commerçante. La ville de Potsdam, au milieu de cette plaine, paraissant sortir du sein des eaux, le château de Potsdam offrant avec celui de Sans-Souci le plus bel aspect. Je puis vous assurer qu’à l’exception de la vue de Lyon sur la montagne de Fourvières, que je ne trouve pas même aussi belle, je ne connais rien en France de comparable à cette vue-ci ; mais ce qui m’a surtout enchanté dans ma promenade, ç’a été un village de cent cinquante feux, composé de maisons bien construites que le Roi lui-même a fait bâtir, toutes séparées les unes des autres pour éviter l’inconvénient des incendies, et chacune ayant un assez grand jardin bien cultivé.

« Ces maisons sont occupées par des familles ou brandebourgeoises ou étrangères que le Roi y a fait venir. Il a donné à chacune une habitation, et, ce qui est plus singulier, il les a dispensées de toute taxe