Ouvrir le menu principal

Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/52

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


voilà ce qu’il nous faut pour être heureux ; quand vous verrez cette ville, je suis sûr qu’elle vous plaira ; c’était une bicoque du temps de mon père : s’il y revenait, sûrement il ne reconnaîtrait plus sa ville, tant je l’ai embellie ; j’ai choisi les plans de ce qu’on a bâti de plus beau en Europe et surtout en Italie, je les fais exécuter en petit et selon mes moyens. Les proportions sont bien observées, tous les bâtiments que j’ai fait faire intéressent, vous en conviendrez. J’aime à bâtir et à orner, je l’avoue, mais je fais cela de mes épargnes, et l’État n’en souffre point… vous n’avez pas d’idée combien d’argent j’ai mis pour rendre mon Potsdam agréable, j’aurais honte de vous dire combien mon Sans-Souci me coûte, je regretterais à jamais les dépenses que j’y ai faites, en tableaux, en statues, en antiques, en colonnades, en jardins, si, comme je vous l’ai dit, je n’avais pas fait tout cela de mes petites épargnes. »

Ce palais, ces jardins, cette ville qu’il avait créés et qui lui tenaient tant au cœur, Frédéric les montrait avec orgueil à d’Alembert et le philosophe émerveillé s’extasiait sur le génie universel de son hôte et sur la sage et prudente administration qu’il avait su introduire dans ses États :