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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/50

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jugé auparavant que sur des ouï-dire, que sur ces ouï-dire il le haïssait autrefois beaucoup, mais que ce n’était pas le roi de Prusse qu’il haïssait, que c’était le prince dont on lui avait parlé et auquel le roi de Prusse ne ressemblait pas[1].

« Tout cela n’est pas trop raisonnable, mais voilà Jean-Jacques ; et Milord Maréchal, tout en l’aimant beaucoup, le plaint et le juge tel qu’il est et trouve avec raison Frédéric bien plus philosophe que Jean-Jacques. Le Roi parle, ce me semble, très bien sur les ouvrages de Rousseau, il y trouve de la chaleur et de la force, mais peu de logique et de vérité ; il prétend qu’il ne lit que pour s’instruire et que les ouvrages de Rousseau ne lui apprennent rien ou peu de chose ; enfin il n’en est pas aussi enthousiasmé que vous, en rendant cependant justice à ses talents et en respectant son malheur et sa vertu.

« On dit, et cela est vraisemblable, que nous allons demain à Berlin. On ne sait jamais ce que le Roi doit faire que la veille au soir, et il faut comme pour le jour du Jugement se tenir toujours prêt à partir. Comme on me croit en grand crédit, je reçois ici beaucoup de lettres et de requêtes ; mais comme en effet je n’ai ni ne veux avoir de crédit et que le Roi trouverait avec raison très mauvais qu’un étranger se

  1. Voir sur cet incident Voltaire et Jean-Jacques Rousseau (chap. VIII et XIII), par Gaston Maugras. Paris, Calmann Lévy, 1886.