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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/47

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teront pas si haut. L’altération des monnaies, à laquelle le Roi a été forcé par la guerre, rend ici les denrées assez chères et occasionne un peu de volerie et de friponnerie de la part des marchands et surtout des juifs dans le changement des espèces ; mais tout sera bientôt réparé, grâce aux travaux infatigables du Roi, qui encore ce matin était levé à quatre heures. Milord Maréchal a raison, c’est le premier des philosophes, et si vous pouviez le voir et l’entendre, vous concluriez que rien n’est plus vrai.

« Je puis vous assurer qu’indépendamment de mon respect et de mon attachement pour lui, sa personne, sa manière de vivre, son application à ses affaires, son affabilité, sa gaieté, les lumières qu’il a sur tout, le rendent vraiment digne de la curiosité des sages et même de ceux qui comme moi ne le sont guère. Malheureusement il est presque la seule personne de son royaume avec qui on puisse converser, du moins de ce genre de conversation qu’on ne connaît guère qu’en France et qui est devenu nécessaire quand on le connaît une fois.

« Sans Milord Maréchal je vivrais ici presque seul avec mes papiers et mes livres ; il m’est d’une grande ressource et je le lui rends un peu, car il me semble qu’il m’aime beaucoup ; ses histoires me font beaucoup rire, surtout par la naïveté avec laquelle il les conte. Malheureusement il nous quitte le 20 de ce mois et il s’en va en Écosse, où il se retire pour y