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qu’il avait vues de lui par hasard, il lui paraissait un très honnête homme et un ministre très sensé.

« Je puis vous assurer que ceux qui ont décrié et qui peut-être décrieront encore ce prince le connaissent bien peu, il est impossible d’être moins porté qu’il l’est à la médisance et plus enclin à voir toutes choses du bon côté.

« Je voudrais que le roi de France pût entendre la manière dont il parle de lui, assurément ces deux princes ne seraient jamais ennemis. »

« À Potsdam, le 1er juillet 1763.

« Nous sommes en effet venus hier dîner et coucher ici. Je viens de voir manœuvrer six bataillons des plus belles troupes du monde, qui, en vérité, n’ont pas l’air d’avoir fait une guerre si longue et si cruelle, tant elles sont lestes et bien vêtues. La journée était la plus belle du monde et la plus favorable pour cela, car il n’a fait ni vent, ni pluie, ni soleil. Le Roi était à la tête et a fait lui-même manœuvrer ses troupes.

« J’ai oublié de vous dire qu’avant-hier son secrétaire me remit de sa part un rouleau de cent louis pour les frais de mon voyage, qui vraisemblablement ne mon-

    de France, lieutenant général, ministre d’État, ambassadeur à Vienne en 1758. Il devint en 1760 ministre des affaires étrangères. Il signa le traité de 1763, qui mettait fin à la malheureuse guerre de Sept Ans. Il quitta les affaires étrangères pour la marine et fut disgracié en 1770 en même temps que son cousin.