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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/39

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est fort simple ; nous nous levons quand nous voulons : le matin nous écrivons, lisons, ou nous promenons ; à midi et demi le Roi dîne avec son neveu, un ou deux généraux, milord Maréchal, le marquis d’Argens et moi ; nous sommes à table environ deux heures, dont il en cause plus d’une sans manger ; il se retire ensuite et se promène quelquefois l’après-midi avec celui de nous qu’il rencontre, ou se promène tout seul ; on soupe à neuf heures et on va se coucher à onze heures ou à minuit au plus tard, selon que la conversation se prolonge.

« Milord Maréchal est d’excellente compagnie, vrai philosophe, voyant toutes les choses du monde comme elles sont et faisant des histoires excellentes avec un air de bonhomie qui les rend encore meilleures. Le marquis d’Argens est un très bon homme, parlant assez bien, assez instruit et valant beaucoup mieux dans sa conversation que dans ses livres[1].

  1. « Le marquis d’Argens, disait Frédéric à de Catt, est l’honnêteté même, je puis faire compte entièrement sur elle, il a beaucoup de littérature ; s’il avait plus de goût qu’il n’a, il pourrait être mis au rang des bons littérateurs de ce siècle ; il est, comme vous l’aurez remarqué, toujours assez malpropre et goulu, mais je lui passe ces petits défauts en faveur de ses qualités morales, si vraies, si pures et si intéressantes ; je l’aime et je l’estime du fond de mon cœur ; nous nous disputons souvent, car il veut toujours plus savoir que moi, il se fâche quand je lui soutiens le contraire, mais il revient vite de ses fâcheries et il finit toujours la dispute par quelque plaisanterie provençale. » (Mémoires de H. de Catt.)