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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/38

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« Le 24. — Le Roi a pensé sauter au plancher de surprise quand je lui ai appris le bel arrêt du Parlement. Au nom de Dieu, envoyez-moi là-dessus plus de détails, nous n’en pouvons revenir, tous tant que nous sommes. Milord Maréchal dit que le Parlement défendra bientôt de se faire faire la barbe, parce que cela est contre la nature et même assez contre la religion, comme on le peut prouver par l’Écriture. Le Roi en a parlé hier à plusieurs reprises en disant que ce n’était pas possible, il en a vingt fois levé les épaules, en observant combien il est rare et difficile que ce qu’on appelle Corps ait le sens commun. Il nous a dit à cette occasion qu’il n’avait jamais assemblé de conseil de guerre qu’une fois en sa vie, et qu’il avait juré que ce serait la dernière après avoir entendu déraisonner en corps des gens qui raisonnaient assez bien en particulier.

« Je voudrais que vous pussiez entendre ce prince, vous seriez enchantée de la justesse de son esprit, de celle de son goût et surtout de la manière dont il parle de ses ennemis, dont il excuse les fautes et dont il cherche même à motiver, par des apparences honnêtes, les mauvaises dispositions où l’on a pu être à son égard. Hier, l’après-midi, je me promenai avec lui dans sa galerie de tableaux : nous y fûmes près de deux heures et il me parut raisonner peinture aussi bien qu’il raisonne guerre et politique.

« Si vous voulez savoir la vie que nous menons, elle