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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/35

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croire et ma vanité vous épargne cet ennui. Je ne vous parlerai point non plus de l’accueil que Mme la duchesse de Brunswick, sœur du roi, et toute la maison de Brunswick a bien voulu me faire. Je me contente de vous assurer que dans l’espèce de tourbillon où je suis, je n’oublie point vos bontés… J’oubliais de vous dire que le Roi m’a parlé de vous, de votre esprit, de vos bons mots et m’a demandé de vos nouvelles.

« Je n’ai point encore vu Berlin, mais Potsdam est une très belle ville, et le château où je suis est de la plus grande magnificence et du meilleur goût[1]. »

  1. Mme du Deffand répondit au philosophe, le 7 juillet :

    « Vous êtes dans une mer de délices ; nul plaisir, nulle satisfaction ne vous manque ; tous vos sentiments, tous vos goûts sont satisfaits ; vous ne seriez point accusé de vanité quand vous auriez la tête tournée, qui est-ce qui ne l’aurait pas ? Vous avez essayé de tourner la mienne en m’apprenant que le roi auprès de qui vous êtes a proféré mon nom : comment lui est-il parvenu ? Il sait donc mes malheurs et apparemment le mot de saint Denis* ? Je n’oserais former le désir qu’il pût savoir toute mon admiration. Son estime pour vous et pour Athalie est bien conforme à ce que je pense. Je ne saurais être d’accord que le plus beau moment de la vie est celui où on la quitte, quoique je sois bien pénétrée que le plus malheureux est celui où l’on y entre. Mais comment le roi de Prusse peut-il ne pas trouver la vie délicieuse ? Ne devrait-on pas désirer d’être éternel quand on réunit tant de grands avantages et tant de différents bonheurs ? »

    *. Elle avait répondu à une personne qui lui parlait de saint Denis décapité et parcourant une assez longue distance sa tête sous son bras : « Oh, en pareil cas, il n’y a que le premier pas qui coûte. »