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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/32

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grande bonté. J’apprends de lui et de ceux qui l’environnent bien des choses que je pourrai vous dire, et qui ne font qu’augmenter mon respect et mon attachement pour lui…

« N’imaginez pas que l’accueil que je reçois me tourne la tête ; je n’en sens que mieux encore tout le prix de l’amitié, puisque toutes les satisfactions que peut désirer le plus avide amour-propre ne sauraient m’en dédommager. Ma voiture, à force de raccommodages et de réparations, m’a heureusement conduit ici, ou plutôt mon bagage, mes compagnons de voyage et mon domestique, car depuis Gueldres j’ai toujours été avec le prince de Prusse et son gouverneur dans sa voiture et presque toujours obligé, par les instances du gouverneur et les ordres du prince, de me mettre dans le fond, à côté de lui. Il est le plus simple, le plus gai et le plus aimable du monde[1], et son gouverneur, homme d’esprit et très instruit…

« J’avais bien raison, comme vous voyez, de craindre que le Roi ne fût plus à Wesel, car il est arrivé le 6 et en est reparti le 9 que je n’étais pas encore à Guel-

  1. Frédéric élevait le prince avec sévérité et ne souffrait point qu’on lui rendît trop d’honneurs : « Je ne veux point que l’on témoigne à mon neveu trop de déférence, disait-il ; je fais passer tous les généraux devant lui et s’ils témoignent trop de respect, je leur fais sentir que cela me déplaît. Les princes ne savent que trop vite qu’ils sont princes, il faut avant tout qu’ils sachent qu’ils sont hommes et qu’ils ont besoin des hommes, c’est ainsi qu’on m’a élevé. » (Mémoires de H. de Catt.)