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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/26

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pouvait donner un libre cours à ses dithyrambes en l’honneur de son hôte royal.

« Clèves, le 13 juin 1763.

« Enfin je l’ai vu, ce grand et digne Roi, encore au-dessus de l’idée que vous en avez. Il est arrivé à Gueldres le 11, à 7 heures du matin ; il avait été précédé par le prince royal de Prusse ; l’on m’avait trompé en me disant qu’il n’y serait pas. Le commandant de Gueldres me présenta d’abord à ce jeune prince, qui me fit l’accueil le plus obligeant, ainsi que M. de Bork, son gouverneur, homme d’esprit et de mérite ; le Roi arriva un moment après, accompagné du prince Ferdinand de Brunswick ; le prince héréditaire n’y était pas, il était parti pour Aix-la-Chapelle[1].

« Je ne puis vous exprimer le sentiment que j’éprouvai en voyant le Roi, les larmes me vinrent aux yeux ; il ne m’aperçut pas d’abord, parce qu’il parlait au commandant, mais le prince Ferdinand me reconnut

  1. Brunswick-Wolfenbuttel (Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de) (1735-1806), prince héréditaire, neveu de Frédéric et du prince Ferdinand. À la bataille d’Hastembeck, il emporta l’épée à la main une batterie française et sauva d’un désastre l’armée du duc de Cumberland. « Il a montré par ce trait, dit Frédéric, que la nature le destinait à devenir un héros. » Pendant toute la guerre de Sept Ans il se distingua par son courage et son habileté. En 1780 il succéda à son père dans le gouvernement de son duché. Il mourut le 10 novembre 1806, frappé d’une balle à l’œil la veille de la bataille d’Iéna.