Ouvrir le menu principal

Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/20

Cette page a été validée par deux contributeurs.


lettres, et qui ont le bonheur de voir dans le héros de l’Europe leur chef et leur modèle. »

L’invitation sollicitée ne se fit pas attendre : Frédéric convia aussitôt d’Alembert à le venir voir, et il lui donna rendez-vous à Wesel qu’il devait prochainement visiter. Le philosophe charmé s’empresse de répondre :

« 29 avril 1763.

  « Sire,

« Je me rendrai avec empressement à Wesel au premier avis que Votre Majesté me fera donner de son voyage, et je me félicite d’avance de pouvoir enfin mettre à vos pieds, en toute liberté, des sentiments que je partage avec l’Europe entière. Je ne sais pas si, comme Votre Majesté le prétend, il y a des rois dont les philosophes se moquent ; la philosophie, Sire, respecte qui elle doit, estime qui elle peut, et s’en tient là ; mais quand elle pousserait la liberté plus loin, quand elle oserait quelquefois rire en silence aux dépens des maîtres de ce monde, le philosophe Molière dirait à Votre Majesté qu’il y a rois et rois, comme fagots et fagots ; et j’ajouterais avec plus de respect et autant de vérité, que la philosophie me paraîtrait bien peu philosophe, si elle avait la bêtise de se moquer d’un roi tel que vous. Toute la morale de Socrate