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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/14

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lui fit offrir en survivance la présidence de l’Académie, avec 12 000 livres de traitement : Maupertuis[1] dirigeait encore les débats de la savante assemblée, mais sa santé chancelante laissait prévoir que sa succession serait bientôt ouverte. D’Alembert ne put se décider à quitter Paris, et, malgré sa pauvreté, il repoussa les offres du roi.

« Douze cents livres de rente me suffisent, lui répondit-il ; je n’irai point recueillir la succession de Maupertuis de son vivant. Je suis oublié du gouver-

    à Voltaire : « Que vous avez été charmant à ce souper et que vous nous avez amusés ; n’est-il pas vrai, monsieur de Maupertuis ? » — « Non, car il m’a ennuyé à la mort. » — « Cela ne me surprend point, dit Voltaire, vous êtes un homme ennuyant. » Hinc lites, mon cher, hinc Akakia. » (Mémoires de Henri de Catt. Leipzig. Hirzel, éditeur, 1885).

  1. Maupertuis (Pierre-Louis Moreau de) (1698-1759), philosophe et géomètre. Après avoir débuté dans la carrière des armes, Maupertuis s’adonna aux sciences, où il acquit une grande réputation. Frédéric l’attira à Berlin en 1740 : « Mon cœur et mon inclination, lui écrivit-il, m’ont fait désirer de vous avoir, pour donner à l’Académie de Berlin la forme qu’elle ne peut recevoir que de vous. Venez donc enter sur la plante sauvage la greffe des sciences et des fleurs… » Le roi disait plus tard de lui : « Il a, cet homme, du talent et des connaissances solides, mais son imagination parfois singulière l’égare souvent et lui fait admettre les idées les plus bizarres et les plus incongrues ; il veut cependant asservir tout le monde à ses idées, et il se fâche sérieusement lorsqu’on ne les admet pas ; jaloux des