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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/70

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Beth avait comme ses sœurs ses ennuis personnels, et elle « pleurait souvent quelques petites larmes, » comme disait Jo, parce qu’elle ne pouvait pas prendre assez de leçons de musique et avoir un autre piano. Elle aimait tant la musique, elle essayait avec tant d’ardeur de l’apprendre seule, elle étudiait si patiemment sur le vieux piano faux, qu’on ne pouvait pas s’empêcher de penser que quelqu’un devrait bien l’aider. Mais personne ne le pouvait dans la maison, et personne ne la voyait pleurer sur les touches jaunies par le temps et qui ne voulaient pas rester justes. Elle chantait en travaillant, comme une petite alouette, n’était jamais fatiguée pour jouer quelque chose à sa mère ou à ses sœurs, et se disait tous les jours :

« Je suis sûre que, si je suis sage, j’arriverai à bien jouer du piano. »

Il y a dans le monde beaucoup de petites Beth timides et tranquilles qui ont l’air de ne tenir aucune place, qui restent dans l’ombre jusqu’à ce qu’on ait besoin d’elles, et qui vivent si gaiement pour les autres que personne ne voit leurs sacrifices. On les reconnaîtrait bien vite le jour où elles disparaîtraient, laissant derrière elles la tristesse et le vide !

Si on avait demandé à Amy quel était le plus grand ennui de sa vie, elle aurait immédiatement répondu : « Mon nez ! »

Une légende s’était faite à ce propos dans la famille. Jo avait laissé tomber sa sœur quand elle était toute petite, et Amy affirmait toujours que c’était cette chute qui avait abîmé son nez. Il n’était cependant ni gros, ni rouge, ce pauvre nez, mais seulement un peu, un tout petit peu plat du bout. Amy avait beau le pincer pour l’allonger, elle ne pouvait lui donner une tournure, une cambrure suffisamment aristocratique à son gré. Per-