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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/69

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prendre son père, l’aimable et sage enfant s’en acquittait de son mieux. C’était en outre une vraie petite femme de ménage, et, sans demander d’autre récompense que d’être aimée, elle aidait, la vieille Hannah à tenir la maison en ordre. Elle passait de grandes journées toute seule ; mais elle ne se trouvait pas solitaire, car elle s’était créé un monde très à son gré et ne restait jamais inoccupée.

Elle avait tous les matins six poupées à lever et à habiller. Elle avait gardé ses goûts d’enfant et aimait toujours ses poupées, quoiqu’elle n’en eût pas une seule de jolie ou d’entière. C’était, à vrai dire, un stock, recueilli par elle, des vieilles poupées abandonnées par ses sœurs ; mais, pour cette même raison, Beth les aimait encore plus tendrement, et elle avait, de fait, fondé un hôpital pour les poupées infirmes. Jamais elle ne leur enfonçait des épingles dans le corps, jamais elle ne leur donnait de coups, ou ne leur disait de paroles désagréables ; elle n’en négligeait aucune et les habillait, les caressait, les soignait avec une sollicitude qui ne se démentait jamais. Sa favorite était une vieille poupée qui, ayant appartenu à Jo, avait un grand trou dans la tête et ne possédait plus ni bras ni jambes ; Beth, qui l’avait adoptée, cachait tout cela en l’enveloppant dans une couverture et en lui mettant un joli petit bonnet.

Si on avait su toute l’affection qu’elle portait à cette poupée, on en aurait été touché : elle lui apportait des bouquets, lui lisait des histoires, la menait promener en la cachant sous son manteau pour lui éviter des rhumes, auxquels son trou à la tête l’exposait plus qu’une autre, du moins elle le croyait. Elle lui chantait des chansons et n’allait jamais se coucher sans l’embrasser et lui dire tendrement tout bas :

« J’espère que vous dormirez bien, ma pauvre chérie. »