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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/67

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ses amies, l’originalité de la petite fille lui plut, et elle proposa de la prendre comme demoiselle de compagnie. Cela n’avait rien de bien séduisant pour Jo, car tante Marsch était passablement atrabilaire ; mais, par raison, Jo accepta et, à la surprise générale, elle s’arrangea remarquablement bien avec son irascible parente. Cependant il y eut une fois une tempête, et Jo était revenue chez elle en déclarant qu’elle ne pouvait pas supporter cela plus longtemps. Mais tante Marsch la redemanda si instamment que Jo ne put pas refuser, car, au fond de son cœur, il y avait vraiment une certaine affection pour la vieille dame, si difficile qu’elle fût à contenter.

Je soupçonne que l’attraction réelle de Jo était une grande chambre toute remplie de beaux livres, qui étaient laissés à la poussière et aux araignées depuis la mort, de l’oncle Marsch. Jo avait conservé un bien bon souvenir du vieux monsieur qui lui permettait de bâtir des chemins de fer et des ponts avec ses gros dictionnaires, lui expliquait les drôles d’images de ses livres étrangers avec beaucoup de bonne humeur et lui achetait des bonshommes de pain d’épice toutes les fois qu’il la rencontrait dans la rue. La grande chambre sombre et inhabitée, toute garnie de rayons couverts de livres, les chaises capitonnées, les bustes qui semblaient la regarder, et surtout l’énorme quantité de livres que, devenue plus grande, elle pouvait lire à son gré, tout cela faisait pour elle de la bibliothèque un vrai paradis. Aussitôt que tante Marsch commençait à sommeiller, ou qu’elle était occupée par des visites, Jo se précipitait dans cet endroit solitaire, et, s’enfonçant dans un grand fauteuil, dévorait au hasard de la poésie, de l’histoire, des voyages et quelques romans d’aventures dont elle était très friande. Mais,