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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/64

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fois, les pèlerins ne se mettaient pas en route pour le paradis avec leur bonne grâce accoutumée.

Elles se retournaient toujours lorsqu’elles arrivaient au coin de la rue, et leur mère n’oubliait jamais de se mettre à la fenêtre pour leur faire un petit signe de tête et leur envoyer un sourire. Il semblait que les deux filles n’auraient pas pu passer la journée si elles n’avaient eu ce dernier regard d’adieu de leur mère, et, quelque ennuyées qu’elles pussent être, ce sourire qui les suivait les ranimait comme un rayon de soleil.

« Si maman nous montrait le poing au lieu de nous envoyer un baiser, ce ne serait que ce que nous méritons ; on n’a jamais vu de petites bêtes aussi ingrates que nous ! s’écria Jo, qui, pleine de remords, tâchait de s’arranger du chemin bourbeux et du vent glacial.

— N’employez donc pas des expressions comme celles-là, dit Meg, dont la voix sortait des profondeurs du voile où elle s’était ensevelie en personne dégoûtée à jamais des biens de ce monde.

— J’aime les mots bons et forts qui signifient quelque chose, répliqua Jo, en rattrapant son chapeau emporté par le vent.

— Donnez-vous tous les noms que vous voudrez ; mais comme je ne suis ni un diable ni une bête, je ne veux pas qu’on m’appelle ainsi !

— Vous êtes décidément de trop méchante humeur aujourd’hui, Meg, et pourquoi ? parce que vous n’êtes pas riche comme vous le désirez ! Pauvre chère ! attendez seulement que je m’enrichisse, et alors vous aurez à profusion des voitures, des glaces, des bouquets, des bottines à grands talons, et des jeunes gens à cheveux rouges que vous vous efforcerez de ne voir que blonds, pour vous faire danser.

— Que vous êtes ridicule, Jo ! » répondit Meg.