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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/62

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riches qui ont l’air bien maussade ; ce n’est donc pas l’argent seul qui rend heureux. Nous ne pouvons pas être comme elles, prenons-en gaiement notre parti et, comme maman, donnons-nous, avec bonne humeur, bien de la peine. Tante Marsch, chez laquelle j’ai pour devoir de passer toute la journée avec la mission impossible à remplir de tâcher de l’égayer, est vraiment pour moi le Vieillard de la mer, de Sindbad le Marin ; mais je suppose que, lorsque j’aurai appris à porter mon fardeau sans me plaindre, il sera devenu si léger que je n’y ferai plus attention. »

Cette idée mit Jo de bonne humeur, mais Meg ne s’éclaircit pas. Son fardeau, à elle, consistait à mener l’éducation de quatre enfants gâtés, bien décidés à ne profiter d’aucune leçon. Il lui semblait plus lourd que jamais, et elle n’avait pas même assez de courage pour se faire belle, en mettant comme d’habitude un ruban bleu autour de son cou et en se coiffant de la manière qui lui allait le mieux.

Ce fut dans cette disposition d’esprit que Meg descendit, et elle ne fut pas aimable du tout pendant le déjeuner. Tout le monde paraissait d’ailleurs contrarié et porté à se plaindre : Beth avait mal à la tête et essayait de se guérir en s’étendant sur le canapé et en jouant, avec la chatte et ses trois petits ; Amy se fâchait, parce qu’elle ne savait pas ses leçons et ne pouvait pas trouver ses cahiers ; Jo faisait un grand tapage en s’apprêtant ; Mme Marsch était très occupée à finir une lettre pressée, et Hannah était bourrue, parce que les veilles prolongées la fatiguaient toujours.

« Décidément il n’y a jamais eu au monde une famille d’aussi mauvaise humeur ! s’écria Jo perdant patience, après avoir cassé deux passe-lacets, renversé un encrier et s’être assise sur son chapeau.