Ouvrir le menu principal

Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/54

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’on faisait de sa sœur, et se promit de ne pas oublier de les lui redire. Elle était redevenue son joyeux elle-même en ne voyant personne faire attention à sa robe ou lever les sourcils à tout propos. Aussi son air gentleman mit bientôt Laurie à l’aise, et, à force de regarder, de bavarder et de critiquer, ils furent bientôt de vieilles connaissances. Jo aimait de plus en plus son « jeune voisin ». Elle le regarda très attentivement plusieurs fois afin de pouvoir le bien décrire à ses sœurs, car, n’ayant pas de frère et très peu de cousins, les petits garçons étaient pour elle des créatures presque inconnues.

« Des cheveux noirs bouclés, de grands yeux noirs, un teint brun, un nez aquilin, une jolie bouche, de jolies mains et de petits pieds, très poli pour un garçon, et en même temps très gai… Quel âge peut-il avoir ? »

Elle allait le lui demander, mais s’arrêta juste à temps, et, avec un tact qui lui était peu habituel, elle essaya d’arriver à le savoir d’une manière plus polie.

« Je suppose que vous irez bientôt à l’Université. Je vous vois piocher, — non, travailler beaucoup, » dit Jo en rougissant d’avoir laissé échapper le mot « piocher ».

Laurie sourit et n’eut pas l’air choqué, puis répondit en haussant les épaules :

« Pas avant deux ou trois ans, en tout cas ; car je n’irai certainement pas avant d’avoir dix-sept ans.

— N’avez-vous donc que quinze ans ? demanda Jo, qui trouvait Laurie très grand et qui lui aurait bien donné dix-sept ans.

— J’aurai quinze ans le mois prochain.

— Que je voudrais donc pouvoir aller à l’Université ! Vous ne paraissez pas être de mon avis ?

— Je la déteste. Je ne peux pas souffrir la manière d’étudier de ce pays-ci.