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de tête. Surtout tenez-vous droite, faites de petits pas et ne donnez pas de poignées de main si l’on vous présente à des inconnus, cela ne serait pas convenable.

— Comment faites-vous pour savoir tout ce qui est convenable ? Moi je n’ai jamais pu l’apprendre. Ne trouvez-vous pas que cette musique est gaie ? » dit Jo en descendant.

Les deux sœurs allaient rarement dans le monde ; aussi, quelque peu cérémonieuse que fût la réunion, c’était pour elles un grand événement qui leur inspirait une certaine timidité. Elles furent reçues très cordialement par Mme Gardiner, une belle vieille dame qui les conduisit vers Sallie, une de ses filles. Meg, qui la connaissait, fut bientôt à son aise ; mais Jo, qui se souciait peu des petites filles et de leur bavardage, resta seule, le dos soigneusement appuyé contre le mur, se sentant aussi dépaysée dans ce salon qu’un petit poulain dans une serre remplie de fleurs.

Dans un coin de la chambre, plusieurs jeunes garçons parlaient gaiement de traîneaux et de patins, et Jo, qui aimait passionnément à patiner, aurait bien voulu aller les rejoindre ; mais Meg, à qui elle télégraphia son désir, fronça les sourcils d’une manière si alarmante qu’elle n’osa pas bouger. Les jeunes gens s’en allèrent un à un ; personne ne lui parla, et elle fut laissée seule, n’ayant pour toute ressource que la possibilité de regarder autour d’elle, puisque, grâce à sa robe brûlée, elle ne pouvait changer de place. Cependant on commençait à danser ; Meg fut tout de suite invitée, et les petites bottines trop étroites glissaient si légèrement sur le parquet, que personne n’aurait pu deviner quelles souffrances endurait leur propriétaire. Jo, voyant un gros jeune homme à cheveux rouges s’approcher d’elle, craignit que ce ne fût