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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/37

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comme à de petits oiseaux affamés, tout en riant et en babillant.

« C’est bon des anges ! » disaient les petits en mangeant et en présentant au feu leurs mains rougies par le froid. Les quatre sœurs n’avaient jamais été appelées des anges, et cela leur paraissait très agréable à toutes, mais surtout à Jo, qui, dans son enfance, avait souvent reçu le sobriquet de petit diable ; aussi, quoiqu’elles n’eussent rien gardé pour elles d’un seul de leurs mets favoris, je suis sûr que, lorsqu’elles partirent en laissant la pauvre famille consolée, il n’y avait pas, dans toute la ville, un seul enfant aussi gai qu’elles. La perspective de se contenter de pain et de lait pour le jour de Noël ne les attristait nullement.

« C’est là ce qui s’appelle aimer mieux son prochain que soi-même ! dit Meg ; je suis contente que maman nous ait donné l’occasion d’appliquer ce beau précepte. »

Mais déjà elles arrivaient à la maison, et personne ne lui répondit, parce que tout le monde était de son avis.

Pendant que Mme Marsch était occupée à chercher des habits pour la famille Hummel, ses enfants se hâtèrent de poser sur la table les présents qu’elles lui destinaient. C’était bien peu de chose ; mais il y avait beaucoup d’affection et d’abnégation dans ces quelques petits paquets-là, et le gros bouquet de roses rouges et de chrysanthèmes blancs qu’elle mirent au milieu de la table, donnait à la chambre tout entière un air de fête.

« J’entends maman. Commencez, Beth ! Amy, ouvrez la porte ! Vite, Meg ! s’écria Jo ; allons, trois hourrahs pour maman ! »

Amy ouvrit la porte ; Beth joua, en guise de marche, un ravissant morceau de Mozart, et Meg conduisit sa