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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/355

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un malicieux plaisir de voir la mine de Jo, et fut stupéfait de la trouver parfaitement calme, causant affectueusement avec M. Brooke, la main appuyée sur son bras.

« Que vous est-il arrivé ? lui demanda Laurie en la suivant au parloir où tout le monde se rendait pour recevoir la visite de M. Laurentz qui venait d’arriver ; qui a pu opérer le miracle de cette étonnante conversion ?

— Ce qui m’a convertie, dit Jo en s’asseyant dans le coin de cette pièce que Laurie appelait le coin de Jo, c’est, d’une part, une injustice criante de tante Marsch, — et je vous raconterai cela plus tard, — et de l’autre mes sages réflexions. Sans doute, il sera dur pour moi, bien que j’aie deux ans pour m’y faire, de voir un jour Meg quitter la maison, mais avec quel plus « galant homme » pouvais-je espérer la voir partir ?

— Meg ne partira pas tant que cela, lui répondit Laurie, Meg ne sera pas perdue pour demeurer à deux ou trois portes plus loin.

— Je le sais, je le veux bien, dit Jo avec un petit tremblement dans la voix, mais ce ne sera plus l’intimité quotidienne, et vous ne savez pas, vous, mon pauvre Laurie, qui n’avez ni frères ni sœurs, ce que c’est que ce lien de tous les instants. Enfin, c’est résolu, c’est accepté, c’est à son bonheur qu’il faut penser, non au mien. Or je crois fermement à son bonheur.

— Moi aussi, moi aussi, dit Laurie. Permettez-moi d’ailleurs, Jo, de vous rappeler que nous n’allez pas tomber dans une île déserte. Excepté Meg, tout vous restera. Enfin, et c’est bien mieux que rien peut-être ; vous me conservez tout entier. Je ne suis pas bon à grand’chose, je le sais bien ; mais je resterai à côté de vous tous les jours de ma vie, Jo, je vous le promets,