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Quel ne fut pas son étonnement, quelle ne fut pas sa joie quand Jo, allant droit à M. Brooke :

« Embrassez-moi, mon frère, lui dit-elle de sa voix pleine et émue. Je viens de repousser en votre faveur, au nom de Meg et de toute la famille indignée, les présents d’Artaxerce. Si Meg, au nom de qui j’ai parlé, n’était pas ravie de moi et ne vous épousait pas, je ne lui pardonnerais de ma vie. »

Elle raconta alors ce qui s’était passé entre elle et tante Marsch.

Meg se jeta à son cou, et M. et Mme Marsch, bien que regrettant qu’une telle scène eût pu avoir lieu entre la nièce et la tante, ne purent se décider à la blâmer d’avoir osé exprimer des sentiments qui répondaient, sur tous les points, aux leurs.

« Du reste, dit M. Marsch, rassurez-vous, Jo. M. Laurentz, fatigué du poids de ses affaires, avait depuis longtemps l’intention de se décharger d’une partie de leur gestion sur M. Brooke. La peur de nuire aux études de Laurie lui avait seule fait ajourner cette résolution.

« Mais Laurie n’a pas voulu être plus longtemps un obstacle au bonheur de M. Brooke. M. Brooke sera remplacé par un de ses amis qui suivra fidèlement ses traditions d’enseignement et, dès à présent, l’avenir de M. Brooke et, par suite, celui de votre sœur, est assuré. Devenu, pour une part, l’associé de M. Laurentz, M. Brooke aura à voyager pendant deux ans pour achever de se mettre au courant des affaires lointaines de M. Laurentz. Dans deux ans il reviendra pour épouser Meg qui, en l’attendant, perfectionnera son éducation, de façon à pouvoir au besoin se rendre utile à son mari, et cela vous donnera aussi, Jo, l’occasion de compléter la vôtre. »