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Tante Marsch lui répliqua aigrement qu’une fortune à faire n’était pas une fortune faite ; qu’une position à conquérir n’était pas une position conquise, et que la seconde déclaration qu’elle la priait de faire à Meg était que, bien qu’elle se fût proposée de lui donner 50,000 dollars le jour de son mariage, elle devait se tenir pour dit que, si elle se mariait avec M. Brooke, « un homme sans le sou, » elle ne lui donnerait rien du tout.

Jo, indignée, n’avait pu se retenir de répliquer à tante Marsch qu’elle trouvait la raison qu’elle donnait du changement de ses dispositions envers Meg absolument inique, attendu que plus Meg épouserait un homme pauvre, plus sa libéralité aurait eu sa raison d’être ; tandis que, si elle épousait un homme riche, elle n’en aurait que faire.

Tante Marsch, enfermée dans l’argument irréfutable de Jo, s’était levée furieuse, et Jo, exaspérée de son côté, s’était mise à faire de Brooke un éloge pompeux et que d’ailleurs, au fond du cœur, elle sentait mérité. Bref, elle ajouta que, devant la menace de sa tante, Meg ferait une lâcheté si elle n’épousait pas M. Brooke de préférence à tout autre.

La vieille dame était partie, là-dessus, fort irritée…

Jo s’aperçut qu’une demi-heure et plus s’était écoulée dans cet entretien animé, et ce fut seulement alors qu’elle se demanda avec inquiétude ce que Meg avait bien pu répondre à M. Brooke.

La visite de tante Marsch avait, convenons-en, changé du tout au tout l’aspect des choses aux yeux de Jo. On s’attache toujours un peu à celui dont on a plaidé la cause, et le plaidoyer de Jo en faveur de M. Brooke avait été si chaleureux que l’avocat s’était convaincu lui-même de l’excellence de la cause qu’il