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de son père, elle put se dire qu’elle en méritait une partie.

« À Beth, maintenant, dit Amy, qui aurait bien voulu que son tour arrivât, mais qui était toute prête à l’attendre.

— De Beth je n’ai rien à dire ; ne parlons pas d’elle, pour ne pas l’embarrasser et pour ne pas la gâter. Elle n’est pas sage quand elle est malade, mais sitôt qu’elle se portera bien elle nous paraîtra parfaite.

— Oh ! dit Beth, père me traite en malade encore. J’ai d’autres défauts que ma faible santé ; je les lui dirai quand lui-même sera tout à fait guéri. »

Après une minute de silence, M. Marsch regarda Amy qui était assise à ses pieds, et dit, en caressant ses cheveux soyeux :

« J’ai remarqué qu’Amy a pris, à dîner, les morceaux que les autres n’aimaient pas, qu’elle a fait des commissions pour sa mère toute l’après-midi, qu’elle a donné ce soir sa place à Meg, et qu’elle a servi tout le monde avec patience et bonne humeur. J’ai observé aussi qu’elle est plus patiente, qu’elle ne s’est pas regardée dans la glace et qu’elle n’a pas même parlé d’une très jolie bague qu’elle a au doigt ; d’où je conclus qu’elle a appris à moins s’occuper d’elle-même et plus des autres, et qu’elle s’est mise à modeler son caractère aussi soigneusement que ses petites figures en argile. J’en suis content, je serai très fier certainement de voir un jour de jolies œuvres de sculpture et de peinture faites par elle ; mais je serai encore bien plus fier d’avoir une aimable fille, possédant le talent de rendre la vie belle aux autres comme à elle-même.

— À quoi pensez-vous, Beth ? demanda Jo, lorsque Amy eut remercié son père et raconté l’histoire de la bague.