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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/337

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« Je suis si heureuse que, si père était seulement ici, je ne pourrais pas contenir une goutte de bonheur de plus, dit Beth en soupirant de contentement lorsque Jo la porta dans le bureau pour se reposer de son excitation.

— Et moi aussi, dit Jo en tapant sur sa poche où reposaient deux volumes longtemps désirés par elle, présent de sa mère chérie.

— Moi aussi, répéta Amy, qui était absorbée dans la contemplation d’une gravure représentant le beau tableau de la Vierge à la chaise, que sa mère lui avait donnée richement encadrée.

— Et moi aussi, certes ! s’écria Meg en passant la main sur les beaux plis de la première robe de soie qu’elle eût encore possédée et que M. Laurentz avait voulu à toute force lui faire accepter.

— Comment ne le serais-je pas à mon tour, si vous l’êtes toutes, mes chéries ? » dit Mme Marsch. Ses yeux allaient de la lettre qu’elle avait reçue de son mari à la figure souriante de Beth, et sa main caressait la jolie chaîne de cheveux gris, dorés, châtains et bruns, spécimen des cheveux de chacun des membres de la famille, que ses filles venaient de lui mettre au cou. »

Il se réalise de temps en temps dans ce monde des choses inattendues et secrètement espérées, comme il est si agréable d’en rencontrer dans les livres dont l’auteur attentif sait prévoir le désir de son lecteur. Une demi-heure après que chacune d’elles eut dit, après Beth, qu’elle ne pourrait contenir qu’une goutte de bonheur de plus, cette goutte arriva ; que dis-je ? une goutte ? c’était mieux que cela, car c’était à la fois vaste et profond comme un océan. Laurie, sans crier gare, passa sa tête à la porte du parloir, et son visage était illuminé d’une telle joie, bien qu’il s’efforçât de la contenir, et