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l’honneur de ce jour de fête. Laurie avait des idées également impraticables ; s’il avait pu agir à sa guise, il aurait fait des feux d’artifice en chambre et des arcs de triomphe dans tous les escaliers et sur chaque palier. Après beaucoup d’escarmouches et de querelles, les deux ambitieux consentirent à se montrer raisonnables et à se calmer. Cependant je ne répondrais pas qu’ils eussent renoncé à tous leurs beaux projets. Lorsqu’ils étaient seuls, leurs figures reprenaient une singulière animation. Que méditaient-ils ?

Plusieurs jours de très beau temps précédèrent un splendide jour de Noël. Hannah sentit dans ses os que ce Noël serait « un jour extraordinaire », et elle fut en cela une vraie prophétesse. D’abord, M. Marsch écrivit encore qu’il reviendrait, et bientôt ; puis, Beth se trouva très bien, et, ayant mis une jolie robe de mérinos bleu, — le cadeau de sa mère, elle fut portée, en triomphe à la fenêtre pour contempler une surprise que lui avaient préparée Jo et Laurie. Les deux infatigables avaient fait tous leurs efforts pour être au niveau de leur réputation ; comme des elfes, ils avaient travaillé la nuit et pétri, construit, élevé, édifié, devant, les fenêtres, ce qu’ils appelaient un monument, symbole de leur affection pour Beth. Une grande et belle dame, une noble statue de neige, à faire concurrence aux marbres de Phidias, apparut à Beth au milieu du jardin ; la perfection du visage stupéfia non seulement Beth, mais tout le monde. Laurie avait emprunté au cabinet de son grand-père un surmoulage en plâtre qui faisait un effet étonnant. On l’avait drapée d’étoffes aux longs plis. Elle était couronnée de houx. D’une main elle tenait une lyre enguirlandée de fleurs, et de l’autre un grand rouleau de musique nouvelle à l’usage de Beth. Une longue écharpe de soie brune aux reflets