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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/330

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Jo, émue jusqu’aux larmes, lui prit vivement la main et la baisa ; puis, après un moment de silence, elle fit un effort pour réparer sa faute.

« Laurie n’en arriverait à une si dure extrémité, dit-elle, que s’il se croyait tout à fait méconnu. Il en fait parfois aussi la menace par enfantillage et par découragement, quand il ne se sent pas avancer assez vite dans ses études. Il n’est pas le seul fou de sa sorte. Croiriez-vous, monsieur Laurentz, que cette Jo, qui tâche d’être raisonnable en ce moment, se dit souvent qu’elle aussi aimerait à prendre sa volée. Depuis que j’ai la tête ronde d’un garçon, depuis que mes cheveux sont coupés, que de voyages j’ai faits en imagination ! Si jamais nous disparaissons, vous pouvez faire chercher deux mousses sur un de vos vaisseaux partant pour l’Inde, car nous leur donnerions la préférence, à vos vaisseaux, pour ne pas sortir tout à fait de chez vous. »

Elle riait en parlant, et M. Laurentz, acceptant ses propos comme une plaisanterie, parut peu à peu se remettre de son émotion.

Cependant il grossit sa voix :

« Comment osez-vous me parler comme vous le faites, « mademoiselle ? » Que sont devenus votre respect pour moi et votre bonne éducation ? Quel tourment que les enfants ! et cependant nous ne pouvons nous en passer, dit-il en lui pinçant affectueusement les joues. Allez dire à ce garçon de venir dîner ; dites-lui que tout est terminé et donnez-lui l’avis de ne pas prendre ce soir d’airs tragiques avec moi. Je ne le supporterais pas.

— Laurie n’ose pas et croit qu’il ne peut plus descendre, monsieur ; il est très fâché de ce que vous ne l’ayez pas cru quand il vous disait qu’il ne pouvait pas