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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/329

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Elle descendit avec obéissance et raconta de la chose tout ce qu’elle put sans trahir Meg ni la vérité.

« Hum ! ha ! bien ! Je lui pardonnerai s’il s’est tu parce qu’il l’avait promis et non par obstination. Il est très entêté et très difficile à conduire, dit M. Laurentz en se frottant le front jusqu’à ce qu’il eut l’air de sortir d’un ouragan.

— Je suis comme lui, mais un bon mot me gouverne là où tous les chevaux du roi ne pourraient rien, dit Jo, essayant de dire quelque chose en faveur de son ami, qui semblait ne s’être tiré d’un mauvais pas que pour tomber dans un autre.

— Vous pensez que je ne suis pas bon pour lui, hein ?

— Oh ! certes non, monsieur, Vous êtes plutôt trop bon quelquefois ; mais, en revanche, un peu trop vif quand il vous impatiente. Ne le trouvez-vous pas ?

— Vous avez raison, fillette, j’aime le garçon ; mais il m’irrite quelquefois outre mesure, et je ne sais pas comment ça finira si nous continuons comme cela.

— Je vais vous le dire : il croira vous être odieux, il perdra la tête, il s’enfuira. »

Jo fut fâchée de ces paroles aussitôt après les avoir prononcées, car elle n’avait voulu qu’avertir son vieil ami que la nature indépendante de Laurie était réfractaire à une trop grande contrainte, et elle pensait que, s’il le comprenait, il arriverait à accorder plus de liberté au jeune homme. Mais M. Laurentz changea subitement de couleur et s’assit en jetant un regard de douleur sur une miniature posée sur la table et représentant le père de Laurie. Quels souvenir évoqua en lui cette image ? La sévérité habituelle de son visage avait disparu, mais une indicible expression de désolation l’avait remplacée.