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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/328

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puni. Allons, Jo, je ne veux pas être laissé dans l’ignorance des torts de mon petit-fils. C’est mon droit d’aïeul de tout savoir. »

M. Laurentz paraissait si déterminé et parlait si rudement, que Jo aurait bien voulu pouvoir fuir ; mais elle était perchée tout au haut de l’échelle, et. M. Laurentz demeurant au bas comme un lion, elle était forcée de lui faire face.

« Réellement, monsieur, je ne puis pas vous dire de quoi il s’agit ; mère l’a défendu, j’aurais tort si je le faisais. Mais, sachez-le, Laurie a confessé sa faute, il a demandé pardon et a été tout à fait assez puni ; nous ne gardons pas le silence là-dessus à cause de lui, mais à cause d’un tiers que cela intéresse. Si vous saviez tout, au lieu de lui donner tort pour son silence, pour ce refus de vous répondre qui a dû vous blesser, vous l’excuseriez, vous lui donneriez raison d’avoir eu le courage de se taire. On peut devoir tous ses secrets à son grand-père, mais on n’est pas libre de disposer, même pour lui, de ceux des autres. Mère, dans un cas pareil, m’absoudrait. Je vous en supplie, monsieur Laurentz, n’intervenez pas en ce moment dans cette terrible histoire. Plus tard vous saurez tout ; quand nous aurons le droit de parler, nous parlerons. Ce n’est pas pour son plaisir qu’on a un secret, pour un ami tel que vous. N’insistez pas, cela ferait plus de mal que de bien.

— Descendez, dit M. Laurentz, et donnez-moi votre parole que mon garçon ne s’est pas montré ingrat envers votre mère, car, s’il l’avait fait après toutes ses bontés pour lui, je l’écraserais de mes propres mains. »

La menace était terrible, mais elle n’alarma pas Jo, car elle savait que l’irascible vieux gentleman ne lèverait pas seulement le bout du doigt contre son petit-fils.