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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/317

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les vôtres à l’égard de M. Brooke. L’aimez-vous assez pour attendre qu’il ait pu conquérir une situation en rapport avec vos désirs, ou voulez-vous rester complètement libre en ce qui le concerne ?

— Mère, répondit Meg, je ne puis rien vous répondre, car je ne puis rien me répondre à moi-même ; sinon que je désire n’entendre parler de mariage ni aujourd’hui, ni de longtemps, ni peut-être jamais. Si John ne sait rien de tout cela, ne le lui dites pas ; mais, pour l’amour de Dieu, faites taire Laurie et Jo. Les plaisanteries dont le résultat peut être de faire faire des sottises à votre fille aînée, c’est une honte ! Pardonnez-moi d’être irritée, j’ai besoin de réfléchir pour me remettre. Donnez-moi le temps de me calmer, mère chérie, je vous en prie ! »

Elle se jeta sur le cœur de sa mère et y pleura longtemps. Mme Marsch, se rendant compte de l’état de surexcitation de son esprit, n’essaya pas de brusquer son retour complet à la raison, à l’égalité habituelle de son humeur et à son sang-froid. Elle la soulagea par quelques remontrances, par de tendres caresses, et Meg finit par lui dire :

« Un mot, plus un mot, je ne le dirai, et encore moins l’écrirai-je, sans vous avoir consultée. Je n’avais voulu, en écrivant ce billet, que vous éviter, ainsi qu’à mon père, le chagrin d’un mécontentement contre M. Brooke. J’ai cru mieux faire, après sa bonne conduite antérieure avec vous et avec mon père, de ne rien vous dire qui pût gâter à vos yeux les bons offices qu’il vous avait rendus. »

Cela dit, Meg s’enfuit soudain dans le bureau. À son grand étonnement, elle venait d’entendre le pas de Laurie dans le corridor, et Mme Marsch reçut seule le coupable.