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être pour personne qu’une amie pendant bien des années encore. »

Mme Marsch respira, et Jo, frappant des mains, s’écria :

« Il n’y a pas de mal, Meg ; vous avez très bien répondu. Continuez, Meg. Que répond-il à cela ?

— Sa vraie lettre, la seconde, grâce à Dieu, ne ressemble en rien à celle que Laurie avait osé mettre à son compte. Il me dit qu’il ne m’a jamais écrit quoi que ce soit et qu’il est très affligé de penser que ma sœur Jo, dans un moment d’inexplicable aberration sans doute, ait pu user de telles libertés avec son nom et le mien. Sa lettre est très bonne et très respectueuse, mais pensez comme c’est terrible pour moi ! »

Meg, changée en statue du désespoir, s’appuya contre sa mère. Jo trépigna de colère en pensant que Brooke, lui aussi, l’impliquait dans cette vilenie, et, rebondissant sur elle-même, elle adressa des imprécations véritablement furieuses à celui qu’elle n’appellerait plus de sa vie son ami Laurie. Tout à coup elle s’arrêta, prit les deux billets, les compara attentivement et dit tout à coup d’un ton péremptoire :

« Rassurons-nous. Laurie est coupable d’une inexcusable gaminerie, mais non d’une méchanceté, d’une noirceur, d’une action basse. Tout s’est passé de vous à lui. M. Brooke n’est pour rien dans cette première lettre, mais, de plus, il n’est pour rien même dans la seconde. Laurie, heureusement, a gardé pour lui votre réponse à Brooke au lieu de la lui envoyer ; tout son but a été d’avoir par votre lettre un moyen de me taquiner et de me punir de n’avoir pas voulu lui dire un secret que j’avais promis à maman de garder et qu’il avait juré de m’arracher. Eh bien ! votre réponse à sa lettre ne peut que vous faire honneur, Meg. Cela