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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/307

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personne qui n’a plus rien à attendre de ce monde, et montra le poing à l’invisible John, auquel elle pensait. Mme Marsch soupira, et, tout de suite, Jo, qui avait remarqué ce soupir, releva la tête d’un air de soulagement.

« Cela ne vous plaît pas non plus, mère, de penser que Meg pourrait un jour nous quitter ? Oh ! que je suis contente ! Renvoyez ce monsieur à ses affaires et ne dites rien à Meg, afin que nous soyons toutes heureuses comme autrefois.

— J’ai eu tort de soupirer, Jo ; il est très naturel que vous ayez toutes un jour un intérieur à vous ; mais je voudrais garder mes filles le plus longtemps possible, et je suis fâchée que cette question se soit présentée si tôt, car Meg a à peine dix-sept ans, et quelques années devront s’écouler avant que John puisse lui construire un foyer. Votre père et moi avons décidé qu’elle ne s’engagerait d’aucune façon et ne se marierait pas avant d’avoir vingt ans. Si elle et John s’aiment, ils auront le temps d’éprouver leur affection. Laissez-moi espérer, Jo, que Meg méritera d’être heureuse !

— Mais n’aimeriez-vous pas mieux qu’elle fît un riche mariage ? demanda Jo, qui avait remarqué que la voix de sa mère tremblait un peu ; Meg aime tant les choses élégantes…

— L’argent est une chose bonne et utile, Jo, et j’espère que mes enfants n’en sentiront jamais trop amèrement la privation. J’aimerais à savoir John employé dans quelque bonne affaire qui puisse lui donner un revenu suffisant pour que Meg soit à son aise ; mais je n’ambitionne pas pour mes filles une grande fortune, une position mondaine et un grand nom. Si le rang et l’argent peuvent se rencontrer pour l’une