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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/304

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gants chez M. Laurentz, et on ne lui en a rendu qu’un. Nous avions complètement oublié ce gant perdu, lorsque Laurie m’a dit l’autre jour que M. Brooke l’avait. Il le garde dans la poche de son habit et l’a laissé tomber une fois ; Laurie l’a vu et M. Brooke ne lui a pas caché que Meg lui plaisait. Il a sans doute ajouté qu’elle était si jeune et lui si pauvre qu’il n’oserait jamais le déclarer ; mais c’est égal, c’est terrible ! »

Décidément, Jo ne pouvait pas se mettre dans la tête que Meg elle-même et ses sœurs seraient jamais en âge de se marier, et que cela pourrait bien leur arriver comme à tant d’autres.

« Pensez-vous donc que Meg ait remarqué M. Brooke plus que tout autre ? demanda Mme Marsch.

— Miséricorde ! Je ne connais rien à toutes ces bêtises-là, s’écria Jo avec un mélange d’intérêt et de mépris. Dans les romans que j’ai lus chez ma tante, les jeunes filles tressaillent, rougissent, s’évanouissent, maigrissent et agissent comme des folles. Maintenant, Meg ne fait rien de tout cela : elle mange, boit et dort comme une personne raisonnable ; elle me regarde en face quand je parle de notre ami M. Brooke, et rougit seulement un peu quand Laurie fait des plaisanteries. Je le lui défends bien, mais il ne m’écoute pas toujours comme il le devrait. Laurie me donne quelquefois bien du mal. Cependant on prétend que je suis la seule qui puisse venir à bout de lui, quand il est pris par ses entêtements. »

Mme Marsch sourit de cet incident dans la conversation de Jo, mais, la ramenant au sujet principal :

« Alors vous imaginez que Meg ne s’intéresse pas à John ?

— À qui ? demanda Jo en regardant sa mère avec étonnement.