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de la pauvre Jo, et elle étendit la main dans le vide d’une manière désespérée, comme si elle était dans les ténèbres sans pouvoir en sortir. Laurie prit sa main et lui dit, aussi bien qu’il put, d’une voix dont il ne pouvait pas maîtriser l’émotion :

« Je suis ici, appuyez-vous sur moi, Jo, ma chérie ; ne suis-je pas un frère pour vous toutes ? »

Elle ne pouvait pas parler, mais elle « s’appuya » sur lui, et la pression d’une main amie la consola un peu. Laurie aurait bien voulu trouver à lui dire quelques paroles vraiment consolantes ; mais, désolé lui-même, aucun mot fortifiant ne lui venait à l’esprit, et il resta silencieux en caressant la tête baissée de son amie, comme sa mère avait coutume de le faire.

Jo comprit cette sympathie muette. Elle essuya bientôt les larmes qui l’avaient un peu soulagée, et releva la tête d’un air reconnaissant.

« Merci, Laurie, je veux être plus forte maintenant.

— Jo, votre mère sera bientôt de retour, et alors tout ira mieux.

— Chère maman, quel retour ! Pourvu que la santé du père se raffermisse et que mère ait pu le quitter sans dommage pour lui. Oh ! mon Dieu, on dirait que toutes les douleurs possibles se sont réunies pour tomber sur nous. »

Et Jo, cachant sa tête avec son bras, pleura encore avec désespoir. Jusqu’alors, elle avait été très ferme.

« Jo, dit Laurie, je ne peux pas croire que Dieu veuille nous prendre Beth maintenant.

— Beth est du ciel plus que de la terre, s’écria Jo. Sa place est avec les anges, et non avec des créatures imparfaites comme nous.

— Pauvre Jo ! Vous êtes à bout de forces. Vous devriez prendre quelque chose pour vous réconforter.