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au moins comme vivan… vivandi… ah ! vivandière ! où même comme infirmière à l’armée, pour l’aider ! s’écria Jo.

— Cela doit être très désagréable de dormir sous une tente, de manger toutes sortes de mauvaises choses et de boire dans un gobelet d’étain, dit Amy.

— Quand reviendra-t-il, maman ? demanda Beth, dont la voix tremblait un peu.

— Pas avant plusieurs mois. À moins qu’il ne soit malade, votre père remplira fidèlement sa part de devoir, et nous ne devons pas lui demander de revenir une minute plus tôt qu’il ne le doit. Maintenant, je vais vous lire sa lettre. »

Elles se groupèrent toutes autour du feu. Meg et Amy se placèrent sur les bras du grand fauteuil de leur mère, Beth à ses pieds, et Jo s’appuya sur le dos du fauteuil, afin que, si la lettre était émouvante, personne ne pût la voir pleurer.

Dans ces temps de guerre, toutes les lettres étaient touchantes, et surtout celles des pères à leurs enfants. Celle-ci était non pas gaie, mais pleine d’espoir ; elle contenait des descriptions animées de la vie des camps et quelques nouvelles militaires. Il pensait que cette guerre plus funeste qu’aucune autre, puisqu’elle avait le malheur d’être une guerre civile, prendrait fin plus tôt qu’on n’avait osé l’espérer. À la dernière page seulement, le cœur de l’écrivain se desserrait tout à fait, et le désir de revoir sa femme et ses petites filles y débordait.

« Donnez-leur à toutes de bons baisers, dites-leur que je pense à elles tous les jours et que chaque soir je prie pour elles. De tout temps, leur affection à été ma plus grande joie, et un an de séparation c’est bien cruel ; mais rappelez-leur que nous devons tous travailler et faire profit même de ces jours de tristesse. J’espère