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les choses qu’elle tenait ; Beth, tranquillement active, allait et venait de la cuisine au parloir, tandis qu’Amy, pelotonnée dans les bras de sa mère, donnait ses avis à tout le monde.

Comme elles se mettaient à table, Mme Marsch dit avec un sourire qui trahissait une grande joie intérieure :

« Mes enfants, je vous garde, pour après le souper, quelque chose qui vous rendra très heureuses. »

Aussitôt une vive curiosité illumina toutes les figures ; un rayon de soleil n’eût pas mieux éclairé tous les yeux, Beth frappa ses mains l’une contre l’autre sans faire attention au pain brûlant qu’elle tenait, et Jo, jetant sa serviette en l’air, s’écria :

« Je devine : une lettre de papa ! Trois hourrahs pour papa !

— Oui, une bonne et longue lettre. Votre père se porte bien et pense qu’il passera l’hiver mieux que nous ne le supposions. Il vous envoie toutes sortes d’affectueux souhaits de Noël ; et il y a dans sa lettre un passage spécial pour ses enfants, dit Mme Marsch, frappant plus respectueusement sa poche que si elle eût contenu un trésor.

— Dépêchons-nous de finir de manger. Amy, ne perdez pas votre temps à mettre vos doigts en ailes de pigeon et à choisir vos morceaux, » s’écria Jo, qui, dans sa précipitation, se brûlait en buvant son thé trop chaud et laissait rouler son pain beurré sur le tapis.

Beth ne finit pas de souper, mais s’en alla dans un coin habituel rêver au bonheur qu’elle aurait quand ses sœurs auraient fini.

« Comme c’est beau à papa d’être parti pour l’armée comme médecin, puisqu’il a passé l’âge et qu’il n’aurait plus la force d’être soldat ! dit Meg avec enthousiasme.

— Quel dommage que je ne puisse pas aller tout