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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/24

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— Allons, je vais vous montrer. Joignez les mains comme cela et parcourez la chambre en criant avec désespoir : « Oh ! sauvez-moi ! sauvez-moi ! »

Et Jo lui donna l’exemple en poussant un cri perçant qui était vraiment tragique.

Amy essaya de l’imiter ; mais elle leva les mains avec raideur et se secoua comme une marionnette. Quant à son oh ! au lieu d’être l’expression de l’angoisse et de la crainte, il faisait plutôt penser qu’elle venait de se piquer le doigt en cueillant une rose. Jo gémit, d’un air découragé, et Meg se mit à rire, tandis que Beth s’apercevait que, dans sa préoccupation de regarder les acteurs, elle avait laissé brûler une rôtie.

« C’est inutile ! faites le mieux possible quand le moment sera arrivé, dit Jo à Amy ; mais, si l’on vous siffle, ne m’en accusez pas. Allons, à vous, Meg. »

Le drame, intitulé par Jo, son auteur : la Caverne de la Sorcière, continua d’une manière splendide. Le tyran, don Pedro, défia le monde dans un monologue de deux pages sans une seule interruption ; Hagar, la sorcière, penchée sur une chaudière où des crapauds et des serpents étaient supposés en train de cuire, chanta une invocation terrible.

« C’est certainement la meilleure pièce que nous ayons jamais eu à jouer, dit Meg très satisfaite.

— Je ne comprends pas comment vous pouvez composer et jouer des choses aussi étonnantes, Jo ; vous êtes un vrai Shakespeare ! s’écria Beth, qui croyait fermement, que ses sœurs étaient douées d’un génie étonnant pour toutes choses.

— Pas encore, répondit modestement Jo. Je pense que la Caverne de la Sorcière est assez réussie ; mais il n’y a pas assez de meurtres : j’adore en commettre avec des couteaux de bois. Est-ce un poignard que je