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— Je pensais, au contraire, que vous seriez contente.

— À l’idée de voir quelqu’un penser à nous séparer de Meg ! Non, certes !

— Préféreriez-vous que cela fût déjà votre tour ?

— Je voudrais bien que quelqu’un essayât ! dit fièrement Jo.

— Et moi aussi ! »

Et Laurie rit de bon cœur à cette idée.

« Je ne pense pas que les secrets me conviennent ; j’ai l’esprit tout bouleversé depuis que vous m’avez dit celui de ce monsieur, qui n’est bien sûr pas le secret de Meg. Vous auriez cent fois mieux fait de le garder pour vous, dit l’ingrate Jo.

— Ce monsieur, ce monsieur, dit Laurie, est, vous le savez bien, le plus honnête homme du monde.

— Il ne manquerait plus qu’il ne le fût pas !… » répondit Jo indignée.

Laurie, étonné de l’effet qu’avait produit sa confidence, regrettait de l’avoir faite et cherchait un moyen de changer le cours des idées de Jo. Heureusement, il connaissait bien sa jeune amie.

« Descendons cette colline en courant ; le mouvement vous remettra, suggéra Laurie, et je parie que j’arriverai au bas avant vous.

— Vous pourriez perdre votre pari, répliqua Jo ; quand je m’y mets, je cours comme un cerf. »

Il n’y avait personne sur la route ; le chemin descendait devant elle d’une manière engageante. Jo, trouvant la tentation irrésistible et sentant aussi le besoin de secouer une pensée douloureuse, se mit à courir de toutes ses forces, laissant bientôt voler derrière elle son chapeau emporté par le vent et dispersant ses épingles à cheveux sur la route. Jo courait bien ; mais Laurie courait avec plus de méthode. Il arriva le premier au