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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/214

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mais plus désireux encore de détourner la conversation de lui-même après son éruption extraordinaire.

— Je ne sais de M. Brooke que ce que votre grand-père en a dit à maman : il a pris soin de sa mère avec un dévouement infini jusqu’à sa mort, et, pour ne pas la quitter, a refusé d’aller à l’étranger chez des personnes qui lui offraient des chances très sérieuses de grande fortune.

— M. Brooke est modeste, répondit Laurie. Il ne pouvait pas s’expliquer pourquoi votre mère était si bonne pour lui ; il s’étonnait même qu’elle lui demandât souvent de venir chez vous avec moi, et qu’elle le traitât toujours d’une manière particulièrement amicale. C’est à grand-père, je le vois bien, qu’il le devait. Grand-père n’est indiscret que pour le bien des autres ; aussi il faut voir comme M. Brooke vénère grand-père, et comme il aime votre mère ! Il en parle pendant des jours et des jours. Du reste, il parle de chacune de vous avec une amitié presque aussi grande que de votre chère maman. Eh bien, oui, Brooke est un être rare et excellent. Si jamais je possède mon château en Espagne, vous verrez ce que je ferai pour Brooke, car, si jamais je deviens quelque chose, c’est à lui que je le devrai.

— Commencez par faire quelque chose dès maintenant, dit Meg, en lui épargnant vos caprices.

— Qui vous a dit, s’écria Laurie, qu’il eût jamais eu à s’en plaindre ?

— Ce n’est pas sa langue, bien sûr, dit Meg ; M. Brooke n’est pas de ceux qui se plaignent jamais, mais sa figure parle, malgré lui, pour lui : si vous avez été sage, il a l’air satisfait et marche vite ; si vous l’avez tourmenté, il a l’air triste et affligé.

— Eh bien ! j’aime beaucoup cela. Ainsi vous tenez