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qui m’inquiète, c’est que je n’ai pas du tout la vocation des affaires, de ce que grand-papa appelle l’industrie. Je voudrais qu’il pût suffire à grand-père que j’aille à l’Université ; je donnerais ainsi à sa volonté quatre années de ma vie, et il devrait me laisser après faire mon choix. Mais non, il faut que je fasse ce qu’il veut ; sa volonté est inflexible. Si je n’avais pas peur de le chagriner, de le laisser seul, savez-vous que, dès demain, je m’embarquerais ? »

Laurie parlait avec excitation, et on aurait pu le croire prêt à exécuter sa menace, car il grandissait très vite et avait un désir impatient d’expérimenter le monde par lui-même.

« Vous n’avez pas tort, s’écria Jo ; embarquez-vous dans un des vaisseaux de votre grand-père, et ne revenez que quand vous aurez prouvé que vous êtes par vous-même capable de vous tirer d’affaire. »

L’imagination de Jo était toujours enflammée par la pensée de tout exploit audacieux.

« Ce n’est pas bien, Jo ; vous ne devez pas parler de cette manière, et Laurie ne doit pas suivre vos conseils. Vous ferez seulement ce que dira votre grand-père, mon cher garçon, dit Meg de son ton le plus maternel. Travaillez le mieux possible au collège, et, quand il verra que vous essayez de lui plaire, je suis sûre que vous vous entendrez très bien pour le surplus avec lui. Il n’a que vous pour rester avec lui et l’aimer. Vous ne vous pardonneriez jamais de l’avoir quitté, s’il lui arrivait de mourir loin de vous. Ne soyez pas impatient, faites votre devoir et vous serez récompensé, comme l’est ce bon monsieur Brooke, en étant respecté et aimé de tous.

— Que savez-vous de monsieur Brooke ? demanda Laurie, reconnaissant, au fond, des bons avis de Meg,