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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/158

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Marguerite resta quelques instants silencieuse, et Jo, les mains derrière le dos, paraissait en même temps intéressée et un peu embarrassée ; c’était pour elle une chose toute nouvelle que de voir de telles questions soulevées à propos de Meg. Il lui semblait que, pendant ces quinze jours, sa sœur avait étonnamment grandi et s’éloignait d’elle pour entrer dans un monde où elle ne pouvait pas la suivre.

« Mère, avez-vous donc pensé à mon avenir, comme l’insinuait Mme Moffat ? demanda timidement Meg.

— Oui, ma chère, j’y ai pensé et j’y penserai encore souvent. C’est le devoir de toutes les mères, mais mes idées diffèrent complètement de celles que m’attribue Mme Moffat. Je vais vous en dire quelques-unes, car le temps est venu où un mot peut remettre dans la bonne voie votre romanesque petite tête. Vous êtes jeune, Meg, mais pas trop jeune pour ne pas me comprendre, et les lèvres d’une mère sont celles qui peuvent le mieux parler de ces choses-là à des jeunes filles comme vous. Jo, votre tour viendra aussi un peu plus tard ; ainsi venez toutes les deux entendre quels sont mes vrais plans en ce qui vous concerne. Vous aurez à m’aider à les rendre un jour réalisables, s’ils sont bons ; il n’est donc pas inutile que vous les connaissiez. »

Jo alla s’asseoir sur le bras du fauteuil de sa mère, en ayant l’air de penser qu’elles allaient faire une chose solennelle, et Mme Marsch, tenant une main de chacune d’elles et regardant fixement leurs deux jeunes figures, leur dit de sa manière sérieuse et cependant gaie :

« Je veux que mes filles soient agréables et bonnes, qu’elles aient beaucoup de qualités, qu’on les trouve non seulement capables de plaire, mais surtout dignes d’être