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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/151

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donnait, une couleur brillante, mais peu avantageuse. Comme elle était là, elle vit passer le major Lincoln à côté d’elle, et elle l’entendit dire à sa mère :

« J’aurais voulu vous faire voir la jeune fille dont je vous ai parlé l’autre jour ; mais ses amies l’ont déjà gâtée, et aujourd’hui ce n’est plus qu’une vraie poupée.

— Oh ! mon Dieu, soupira Meg, si au moins j’avais eu plus de bon sens, si j’avais eu assez de raison pour me contenter de ma robe fanée, je n’aurais pas été si mal à mon aise ni si honteuse de moi-même. »

Elle appuya son front brûlant contre les vitres froides, et resta immobile, à moitié cachée par le rideau et sans faire attention qu’on commençait à jouer sa valse favorite. Elle demeura dans cette position jusqu’à ce que, quelqu’un lui ayant touché le bras, elle dut se retourner. Laurie repentant était devant elle. Il lui dit d’un air contrit en lui tendant la main et lui faisant un profond salut :

« Pardonnez-moi mon impolitesse, je vous prie, et soyez assez bonne pour venir danser cette valse avec moi.

— Je craindrais que cela vous fût trop désagréable, répondit Meg, tâchant d’avoir l’air offensé, mais n’y arrivant pas.

— Vous savez bien le contraire, Meg. Je meurs d’envie de danser avec vous. Venez, je serai bien sage. Je n’aime pas votre robe, mais en somme vous êtes splendide. »

Et il agita les mains comme si les mots lui manquaient pour exprimer son admiration.

Meg sourit et le suivit.

« Faites attention de ne pas vous embarrasser les pieds dans cette traîne, murmura Meg à son jeune