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blement de la curiosité. Tout cela la surprit et la flatta ; mais elle n’en comprit la raison que lorsque miss Belle, levant les yeux de dessus la lettre qu’elle écrivait, dit d’un air sentimental :

« Pâquerette, j’ai envoyé à votre ami M. Laurentz une invitation pour jeudi ; nous aimerions à le connaître, et ce sera pour nous un partner agréable. »

Meg rougit, et une idée malicieuse de taquiner les jeunes filles lui fit répondre modestement :

« Vous êtes bien bonne, mais je crains bien qu’il ne vienne pas.

— Pourquoi, chérie ?

— Il est trop vieux.

— Qu’est-ce que nous voulez dire, mon enfant ? demanda miss Clara. Quel âge a-t-il ?

— Près de soixante-dix ans, je crois, répondit Meg en comptant les points de son dessin, afin de cacher la gaieté qui brillait dans ses yeux.

— Oh ! la petite rusée ! Nous parlions naturellement du jeune homme, dit miss Belle en riant.

— Il n’y a pas de jeune homme auprès de M. Laurentz ; Laurie est un petit garçon. »

Et Meg rougit du regard bizarre qu’échangèrent les deux sœurs.

« Il a à peu près votre âge ? demanda Annie.

— Non, il a plutôt celui de ma sœur Jo.

— C’est très gentil à lui de vous avoir envoyé des fleurs, n’est-ce pas ? demanda Annie, prenant sans motif un air grave.

— Oui, il nous en envoie souvent à toutes : leur maison en est toute remplie, et nous les aimons tant ! Ma mère et le vieux M. Laurentz sont grands amis, et il est tout naturel que nous jouions ensemble, dit Meg qui espérait que ses amies en diraient davantage.