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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/132

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quer toutes les vertus que je voulais voir à mes filles, puisque je devais être, moi aussi, leur exemple vivant ! C’était plus facile d’essayer pour vous que pour moi ; le regard surpris de l’une de vous lorsque je disais une parole un peu vive me corrigeait plus que tous les reproches qu’on aurait pu me faire. Chère Jo, l’amour, le respect et la confiance de mes enfants sont la plus douce récompense que je puisse recevoir de mes efforts pour être la femme que je voudrais leur offrir comme modèle.

— Oh ! mère, s’écria Jo très touchée, que je serais fière si je pouvais jamais devenir la moitié aussi bonne que vous !

— J’espère que vous serez bien meilleure, ma chérie ; mais il faut que vous veilliez constamment sur votre ennemi intérieur, car sans cela vous assombrirez votre vie, si vous ne la gâtez pas complètement. Vous avez eu un avertissement, rappelez-vous-le. Essayez donc de tout votre cœur et de toute votre âme à vous rendre maîtresse de votre caractère, avant qu’il vous ait apporté une plus grande douleur encore et un plus grand regret qu’aujourd’hui.

— J’essayerai, mère ; j’essayerai réellement ; mais il faut que vous m’aidiez et que vous me rappeliez de faire attention à ce que je vais dire. J’ai vu quelquefois papa mettre son doigt sur ses lèvres et vous regarder d’un air très bon, mais très sérieux, et toujours aussitôt vous serriez vos lèvres l’une contre l’autre ou vous vous en alliez. Vous avertissait-il alors ? demanda doucement Jo.

— Oui, je le lui avais demandé, et il ne l’a jamais oublié : par ce petit geste et ce bon regard, il m’a empêchée de prononcer bien des paroles vives. »

Jo vit les jeux de sa mère se remplir de larmes et