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gronde moi-même d’être toujours si faible et si méchante, répondit Mme Marsch avec un soupir et un sourire, en se mettant à peigner les cheveux ébouriffés de Jo.

— Et comment avez-vous appris à ne rien dire ?

— C’est ce qui me coûte le plus ; les paroles désagréables sortent à flots de ma bouche avant que j’y aie fait attention, et plus j’en dis, plus je suis en colère, jusqu’à ce que ce soit comme un vilain plaisir pour moi de faire de la peine aux autres et de dire des choses terribles. Dites-moi comment vous avez fait, chère petite maman ?

— Ma bonne mère m’aidait.

— Comme vous m’aidez, interrompit Jo avec un baiser de reconnaissance.

— Mais je l’ai perdue lorsque j’étais à peine plus âgée que vous, et, pendant bien des années, il m’a fallu combattre seule, car j’étais trop orgueilleuse pour confesser ma faiblesse à d’autres après ma mère. Cela a été un temps difficile, Jo, et j’ai versé bien des larmes sur mes défauts ; car, malgré mes efforts, il me semblait que je n’avançais pas. C’est alors que j’ai épousé votre père, et j’ai, par lui, été si heureuse, que je trouvai facile de devenir meilleure : mais, plus tard, lorsque j’ai eu quatre petites filles autour de moi et que nous sommes devenus pauvres, le vieil ennemi s’est réveillé. Je vous l’ai dit, je ne suis pas patiente par nature, et j’étais souvent irritée de voir mes enfants manquer du bien-être dont j’aurais voulu les entourer.

— Pauvre mère ! Qui est-ce qui vous a aidée, alors ?

— La pensée de Dieu, Jo, et aussi l’exemple de votre père, de votre admirable père, chère fille. Que de fois il m’a fait comprendre que je devais essayer de prati-