Ouvrir le menu principal

Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/130

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


un jour pareil. Nous avons, tous et toutes, nos tentations, Jo, ma chérie ; il y en a de bien plus grandes que les vôtres, et souvent il faut toute une vie pour les vaincre. Vous pensez que vous avez le plus mauvais caractère du monde, mais le mien était autrefois tout pareil au vôtre.

— Le vôtre, mère ! Comment ! mais vous n’êtes jamais en colère ! »

Et Jo oublia un moment ses remords dans sa surprise.

« Il y a cependant quarante ans que j’essaye de corriger mon impatience naturelle, ma chérie, et je suis seulement arrivée à la contrôler. Je me mets en colère presque tous les jours, Jo, mais j’ai appris à ne pas le laisser voir et à souffrir seule de mon défaut. »

L’humilité de la personne qu’elle aimait tant était une meilleure leçon pour Jo que les reproches les plus durs. Elle se sentit tout de suite soulagée par la confiance que lui montrait sa mère ; savoir que sa chère maman avait eu le même défaut qu’elle, et qu’elle croyait encore avoir des efforts à faire pour s’en corriger tout à fait, lui rendait le sien plus facile à supporter et augmentait sa résolution de devenir douce comme un agneau.

« Mère, est-ce que peut-être vous êtes en colère quand vous serrez vos lèvres l’une contre l’autre et que vous sortez ainsi sans rien dire de la chambre : par exemple, lorsque tante Marsch n’est pas juste ou qu’on vous a affligée ou fâchée ? demanda Jo, qui se sentait plus rapprochée que jamais de sa mère.

— Oui, mon enfant, je ne suis parvenue encore qu’à réprimer ainsi les paroles vives qui me viennent aux lèvres, et, quand je sens qu’elles veulent sortir contre ma volonté, je m’éloigne un instant et me